LE CERCLE DE LECTURE

 

Peut-être aimeriez-vous partager avec d'autres vos impressions, vous enrichir mutuellement dans un esprit d'amicale convivialité ?

 

Le Cercle de Lecture réunit un groupe d’une dizaine de personnes autour d’un livre choisi d’un commun accord pour une discussion amicale, ouverte et tolérante. Un rapporteur désigné présente l'auteur et son livre puis anime les débats. Un compte-rendu est rédigé et diffusé aux membres du Cercle.

 

Les réunions ont lieu le troisième vendredi de chaque mois, au premier étage de la maison des associations de Crespières, de 17h30 à 19h.

 

Envie de nous rejoindre ?  

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Prochaine réunion le 29 février 2024 à 17h

"La sentence" de Louise Erdrich

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Réunion du 19 janvier 2024

"La loi du désordre" de Philippe Hayat

 

Ce livre a beaucoup plu, dans l’ensemble. Certains y ont trouvé quelques invraisemblances mais l’ont aimé quand même. C’est un roman habilement construit, au style fluide et facile à lire. Il raconte deux mois dans la vie de Jeanne, de mi-juillet à mi-septembre 1914.
Jeanne est une jeune femme de 25 ans, moderne, éduquée, diplômée, fille d’un industriel, dont le destin va être bouleversé (comme des millions d’autres), par le déclenchement d’un conflit apocalyptique que le monde moderne et « civilisé » ne voulait pas et qui advint quand même.

Le titre fait référence , en physique/thermodynamique, au principe d’entropie qui veut qu’un système stable vire immédiatement au désordre. Métaphore de cette première guerre mondiale.

Le monde occidental pensait que le capitalisme et la science devaient conduire au bonheur des peuples comme le revendiquaient les Expositions Universelles.
Les idées socialistes et le principe de l’Internationale Ouvrière, porté par Jaurès, devaient aussi garantir la paix et la fraternité entre ouvriers, plus forte que les frontières, plus forte que l’argent.
Mais l’assassinat de Jaurès détruisit cette illusion d’un ordre social et d’une paix européenne portés par le mouvement ouvrier.

Le livre fait une dénonciation de la guerre avec des descriptions de combats et de soldats dans toute leur humanité, leurs peurs et leur courage fataliste  mais il nous montre aussi le Paris d’avant guerre et sa modernité, les artistes , les journalistes et la grande et joyeuse effervescence qui régnait.

C’est un portrait de femme grandiose, libre et combative, allant à l’encontre de tout ce que la société d’alors attend d’elle et se dégageant de l’autorité parentale mais sans la lâcheté de son compagnon qui s’enfuit pour vivre sa vie en Amérique du Sud.
Elle, elle restera et sera infirmière sur le front car "elle n’a pas le droit d’être heureuse quand son frère est en danger" et elle n’aura de cesse de le retrouver et l’aider. C’est un roman féministe.

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 Réunion du 15 décembre 2023

 

"Veiller sur elle" de  Jean-Baptiste Andrea

 

Le livre de J.B. Andréa a profondément divisé mais il faut dire que peu l’avaient lu jusqu’au bout... et c’est sans doute dommage car ceux et celles qui l’avaient bien lu l’ont adoré !!

C’est un roman picaresque avec un souffle épique et un vocabulaire de qualité. Andréa était réalisateur avant de se mettre à l’écriture. On sent le cinéma. Cette fresque romanesque est peut être un peu naïve : il y a "un pauvre" et "une princesse », mais il y a surtout l’Italie, l’art, un ours plein d’amour…, deux enfants que tout oppose . On pense au Jardin des Fizzi-Contini .

C’est aussi un roman classique d’apprentissage. Simplicité de la forme et de la narration. L’auteur aime les dialogues, "on peut dire plus de choses dans le dialogue".
C’est un roman qui parle d’histoire et nous montre la montée du fascisme en Italie dans les années 30/40 et comment la "capitulation au quotidien des citoyens sur de toutes petites choses" conduit au fascisme. On peut faire des liens avec l’actualité...

L’art, c’est la possibilité d’échapper aux normes. Mimo peut ainsi briser toutes les frontières. Viola, elle, refuse toutes les normes. C’est une jeune fille forte et  indépendante  qui se heurte aux tyrannies de sa classe sociale et du patriarcat de l’époque. Elle «sculpte » Mimo et lui, l’aide aussi.
Ce livre parle de la joie contre la noirceur, de la lumière contre la tyrannie. Il ne faut pas se laisser assombrir par les circonstances, les obstacles, l’actualité politique. Parfois chez nos deux héros cette lumière vacille, mais elle se rallume toujours.

En bref, un roman qui, pour moi, mérite son Goncourt... mais que certaines n’ont pas apprécié.

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Réunion du 17 novembre 2023

 

 

"Les abeilles grises" de  Andreï Kourkov

 

Dans ce roman, AndreÏ Kourkov, écrivain ukrainien russophone, s’empare du conflit qui s’est installé en Ukraine mais d’abord au Donbass depuis 9 ans. Ce conte a fait l’unanimité parmi nous, il a été très apprécié.

Le cocasse y voisine le tragique, le merveilleux la cruauté. Et au milieu de ce grand drame collectif subsiste toujours un espoir, grâce à des personnages ordinaires mais emplis de bonté et d’un grand sens pratique.

La maison de l’apiculteur, héros du roman se situe en zone grise, c’est-à-dire entre les deux lignes de front : celle des séparatistes soutenus par la Russie et celle des Ukrainiens ;  dans un petit village à l’église bombardée, abandonné de tous ses habitants, sauf deux, SergueÏ et son voisin, Pachka. Il n’y a plus d’électricité (et donc plus de télé), plus beaucoup de vivres. La vie est rude. Heureusement il y a le poêle à charbon et les cierges récupérés à l’église, pour s'éclairer... La canonnade retentit régulièrement, il y a le risque des obus et des snipers.

Mais SergueÏ n’imagine pas de vivre ailleurs que chez lui, dans l’attente du moment où la paix reviendra, et dans celle du printemps qui lui permettra de sortir à nouveau ses ruches. Ses abeilles sont sa famille et sa raison de vivre.

Ainsi, à la fin du long hiver de neige et de froid, il charge ses ruches à l’arrière de sa vieille voiture (car il n’y a plus de cultures ni plus de fleurs à butiner dans cette zone de désolation qu’est la zone grise) et il s’engage dans un périple qui l’emmène bien plus loin que prévu.
Au passage des frontières et plus tard en Crimée, on ressent la surveillance étouffante des services de sécurité russes et l’oppression malsaine.
Sergueï est un homme simple, endurant et droit, toujours prêt à partager ce qu’il a, ne se souciant pas de géopolitique ou de grandes considérations. Mais il sait écouter ses semblables et boire (raisonnablement) la vodka qui donne mal à la tête.

Et il nous démontre à quel point les abeilles sont sages. Elles savent l’apaiser et le guérir de tous les maux.

 

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Réunion du 20 octobre 2023

 

 

"La Ligne de Nage" de  Julie Otsuka

Ce livre a donné lieu à une discussion vive et passionnante car plusieurs personnes avaient préféré ne pas venir ayant jugé négativement ce récit d’une fin de vie de personne âgée atteinte d’une sorte d’Alzeimer.
La première partie nous fait vivre l’ordinaire d’une piscine fréquentée par des gens qui viennent nager très régulièrement. C’est un rituel sportif quasi religieux, vital pour ces habitués.
Il y a des changements constants de point de vue, on a l’impression d’en être, de faire partie de cette communauté et de glisser avec eux dans ces eaux salvatrices.
Le style très contemporain et cette belle écriture par petites touches nous rendent la vie d’Alice familière.
Une fois la piscine fermée définitivement à cause d’une fissure apparue dans son fond, Alice va continuer à nager dans sa vie suivante. Elle est apaisée, lucide et parfois drôle. « Ma voix spontanée est celle de l’humour » dit l’autrice.
C’est un roman sur la valeur et la beauté des routines banales qui façonnent nos journées et nos identités et sur la relation mère/fille.
La fissure apparaîtra inévitablement un jour pour nous aussi mais ce livre nous fait prendre notre mortalité d’une façon gracieuse et permet d’accepter la dépossession des capacités intellectuelles avec douceur, non sans une certaine mélancolie douloureuse et une grande émotion. Les dernières lignes sont bouleversantes et belles.

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Réunion du 22 septembre 2023


 

"La carte postale" de Anne Berest

Anne Berest a été l’invitée de La Grande Librairie d’Augustin Trapenard. Elle y dégageait une belle énergie spirituelle.
Son livre, " La Carte Postale", a été écrit parce qu’elle ressentait un besoin de transmission, un devoir de mémoire. Elle a reconstitué, aux cotés de sa mère, Lélia Picabia, l’histoire de ses aïeux morts en déportation, à partir d’une énigmatique carte postale.
C’est une histoire vraie, un récit en puzzle servi par une ample recherche documentaire et une véritable enquête.
Il nous conte la saga des Rabinovitch (de Moscou à Riga, à Lotz, à Haïfa puis à Paris) et tente de répondre à la question : qu’est-ce que ça signifie d’être juif quand on est laïc ?
Elle croit à la transmission de l’invisible, elle est l’autre génération, celle qui prend en charge la parole qui n’a pas été dite par Myriam, la survivante qui s’était murée dans le silence.

Le livre n’a pas été apprécié par tout le monde. Certaines avaient l’impression d’avoir déjà tout lu et entendu à propos de la Shoah. Et de manière plus puissante qu’ici.

D’autres, au contraire, en ont aimé la simplicité et l’objectivité sans pathos et sont allées avec bonheur jusqu’au bout des 560 pages !

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Réunion du 23 juin 2023

 

 

"Kukum" de Michel Jean

L’écrivain québécois Michel Jean raconte l’histoire d’Almanda, son arrière grand-mère, « kukum » en langue innu (langue de la population autochtone qui vivait depuis toujours autour du lac Saint Jean au Québec)

A travers ses souvenirs, Kukum nous invite à rencontrer la jeune Almanda qui, à tout juste 15 ans, épouse un amérindien innu. Elle quitte alors sa famille adoptive de fermiers pauvres récemment arrivés d’Europe pour embrasser la liberté ; elle apprend à vivre au rythme des saisons de chasse, à respecter les lois de la nature.

Amour, solidarité, empathie lui permettent de surpasser toutes les difficultés ; mais soudain le récit bascule lorsqu’elle décrit avec émotion l’irruption des bûcherons et des draveurs qui viennent entraver la transhumance hivernale. Se révèle alors l’histoire de ce territoire ancestral submergé par la construction des barrages hydrauliques, réduisant les communautés autochtones à une vie sédentaire, les condamnant à vivre dans les villes ou à demeurer dans les réserves avec pour seul exutoire l’alcool ou le casino.

Pire encore, elle dénonce l’arrachement des enfants à leurs familles pour les envoyer dans un pensionnat en vue d’une scolarisation et d’une assimilation plus qu’hypothétiques.

Kukum Almanda a lutté toute sa vie, mais elle a su garder blottis au fond de son coeur ses souvenirs merveilleux.

Elle les a partagés avec nous et nous avons aimé.